La poesía y el mar

La poesía y el mar

publicado en: Uncategorized | 0

Hermosa experiencia ayer!! Va el poema entero de Rimbaud, en versión bilingüe, leído maravillosamente por Daniel y Gaba. Atención que está dividido en tres fragmentos. Buen viaje! Y gracias a la empresa A los geselinos, por los alfajores que endulzaron el final del encuentro. Abrazo!

Le bateau ivre-El barco ebrio
Arthur Rimbaud (1854-1891)

Comme je descendai des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées
Moi l’autre hiver plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : Je sais le soir,
L’aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelque fois ce que l’homme a cru voir !

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très-antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

**

Cuando yo descendía los ríos impasibles,
Me sentí de pronto libre de sirgadores;
Los habían cazado estridentes Pieles Rojas
Y clavado desnudos en postes de colores.

A mis tripulaciones siempre fui indiferente,
Portador de trigos flamencos o de algodón inglés.
Cuando el tumulto con mis sirgadores cesó,
Los ríos me dejaron descender donde yo deseé.

Entre los movimientos de mareas bizarras,
¡Yo, en invierno, en silencio como un cerebro niño,
Corrí! Y las penínsulas que soltaron amarras
No padecieron nunca un caos más triunfante.

La tempestad bendijo mis auroras marítimas.
¡Más liviano que un corcho dancé sobre las olas
Que se llaman eternas portadoras de víctimas,
Diez noches, sin añorar el ojo tonto de las farolas!

Más dulce que a los niños las manzanas primeras,
El agua verde entró en mi casco de pino,
Y dispersó el timón y lavó mis maderas
De vómitos y manchas azuladas de vino.

Y desde aquel entonces me bañé en el Poema
del Mar, lactescente, por astros penetrado;
Devoré los azulados verdes donde pálido
y absorto flota y baja pensativo un ahogado.

Donde se tiñe de pronto el azul que delira
En ritmos lentos bajo el diurno esplendor,
Y más fuertes que el alcohol, más vastos que la lira,
fermentan los rojos amargos del amor.

Los cielos en relámpagos he visto estallar
Y también las resacas, las trombas, las corrientes:
Sé de la noche, del Alba hirviente como un palomar,
¡Y vi algunas veces eso que los hombres han creído ver !

Vi el sol bajo tiznado de místicos horrores
Iluminar con largos coágulos violetas,
Como actores de antiquísimos dramas,
A las olas que huían con sus fiebres secretas.

Soñé la noche verde con nieves infinitas
Que besaban los ojos de un mar que se levanta,
La circulación de savias inauditas,
¡Y el alba azul y amarilla del fósforo que canta!

**

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des
Maries Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulement d’eau au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises!
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés de punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
– Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombres aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux …

Presque île, balottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur,

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

**

Seguí meses enteros, como los rebaños
Histéricos, la ola al asalto de los arrecifes,
Sin pensar que los pies ígneos de las Marías
Pudiesen enmudecer los Océanos asmáticos.

¡He encontrado, sabéis, increíbles
Floridas Donde asomaban ojos de panteras con pieles
De hombres! Arco iris tensos como riendas,
En cielos submarinos de verdosos tropeles.

¡Vi fermentar pantanos enormes, trampas
Donde se pudre entre los juncos el Leviatán!
Vi deslizarse el agua por misteriosas rampas
Y vi los horizontes que hacia el abismo van.

¡Soles de plata, cielos de brasas encendidas,
Glaciares, varaduras en golfos traidores
Donde boas gigantes devoradas por chinches
Caen de los árboles entre negros olores!

¡Ah, mostrar a los niños esas criaturas vivas,
Esos peces de oro, esos peces cantantes!
Espumas de colores mecieron mis derivas
Y vientos inefables me alaron por instantes.

A veces, mártir harto de polos y ecuadores,
El sollozo del mar calmaba mi rolido
Y subía hacia mí sus prodigiosas flores,
Y yo reposaba, como una mujer de rodillas.

Isla casi, meciendo en mi borda las disputas eternas
Y el estiércol de calumniadoras aves de ojos dorados,
Yo navegaba mientras entre mis cuadernas,
Caminando hacia atrás, bajaban los ahogados.

Ahora yo, barco perdido en bahías apáticas
Que hacia el éter sin pájaros arrastró el huracán,
Yo, a quien los Monitores y las naves hanseáticas
El casco ebrio de agua nunca reflotarán;

Libre, ardiente, trepado por brumas violetas,
Yo, que al igual que un muro hendí el cielo rojizo,
Llevo, dulce grato a los buenos poetas,
Erupciones de sol y colgajos de azur;

Yo que corría, manchado de lunas eléctricas,
Madera demente escoltada por negros hipocampos,
Cuando el verano hundía con trompadas frenéticas
El cielo ultramarino en los adientes campos:

Yo que temblé al sentir el gemido de 50 peces,
El celo del Behémot y los Maelströms inquietos,
Hilador eterno de azuladas quietudes,
¡Hoy añoro la Europa de antiguos parapetos!

**

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
– Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ? –

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! ô que j’aille à la mer !

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

**

Vi archipiélagos siderales, e islas
Con cielos delirantes abiertos al remador:
—¿Duermes en esas noches sin fondo, allí te aíslas,
Millón de aves de oro, oh futuro Vigor?—

¡Pero… tanto lloré! Las albas son melancólicas,
Toda luna es atroz y todo sol amargo:
El acre amor me hinchó de torpezas alcohólicas.
¡Oh, que mi quilla estalle! ¡Déjame ir a la mar!

Si algún agua de Europa deseo, es esa charca
Oscura y fría donde hacia el rojo poniente,
En cuclillas un niño triste suelta una barca
Tan frágil como una mariposa de mayo.

Ya no puedo más, olas, lánguidas compañeras,
Seguir la estela de los cargueros de algodones,
Ni atravesar el orgullo de banderas y de llamas,
Ni navegar bajo los ojos terribles de los pontones.

****
versiones: https://www.youtube.com/watch?v=qtEmFoTFgBM (Philippe Leotard) https://www.youtube.com/watch?v=OmcsIwWKmGg (Fanny Ardent)

Dejar una opinión